octobre 23, 2008...10:31

Qu’attendre de la nouvelle présidence d’Ilham Aliyev?

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Sans surprise Ilham Aliyev a été réélu mercredi dernier à la présidence de la République d’Azerbaïdjan. Candidat sortant et fils du précédent président, il confirme ainsi la main mise de la dynastie Aliyev sur les sphères politiques azerbaïdjanaises. Cette élection, au-delà du caractère quasi inéluctable de son résultat, invite à se poser la question des perspectives d’évolution en termes politiques, mais aussi économiques et diplomatiques de l’Azerbaïdjan pour les cinq prochaines années.

Au travers de son site de campagne, Ilham Aliyev avait défini des priorités pour son mandat à venir, priorités au nombre de 7:

  • Puissance et prospérité de l’Azerbaïdjan. Cet objectif double consiste en fait, d’une part au renforcement de la position azerbaïdjanaise sur la scène internationale en termes à la fois diplomatiques et économiques, probablement au travers d’une “diplomatie du pétrole“, déjà à l’oeuvre depuis plusieurs années. Il semble qu’à long terme l’objectif de Bakou soit de renforcer sa position stratégique énergétique et de s’assurer ainsi la bienveillance, sinon le soutien de la communauté internationale. Cette stratégie fonctionne d’ores et déjà aujourd’hui, notamment envers la Russie et l’Union Européenne, acteurs continentaux entre lesquels il existe une rivalité certaine, dont Bakou sait se servir en vue de maximiser la satisfaction de ses intérêts.
  • L’intégrité territoriale. Il s’agit là d’une rhétorique récurrente et quasi systématique au sein de la sphère politique azerbaïdjanaise. En effet défendre le principe de l’intégrité territoriale c’est affirmer avant tout que l’on ne cédera pas aux revendications des indépendantistes qui contrôlent la région du Haut-Karabakh depuis près de 15 ans, mais c’est aussi une façon de prévenir les éventuelles veillités autonomistes, voire indépendantistes, des nationalités minoritaires présentes sur le territoire azerbaïdjanais.
  • La stabilité politique. Si le mot ne “démocratie” ou de “démocratisation” ne figure pas parmi les 7 priorités définis par Ilham Aliyev pour son prochain mandat, celui de stabilité s’y substitue. Dans cette ex-république soviétique qui a été marquée, lors des premières années de son indépendance, par une situation politique chaotique, la “stabilité” est devenue une quasi-idéologie, soutenue par une population terrifiée par les spectres du chaos politique et de la division territoriale. Or il semble difficile de parvenir à une réelle démocratisation de la sphère politique tout en défendant la stabilité de celle-ci. En effet, le régime azerbaïdjanais actuel se caractérise par l’enchevêtrement des intérêts de l’oligarchie politique, d’une part, et de l’oligarchie économique, d’autre part, aucun de ces deux groupes n’ayant dès lors intérêt à prôner l’ouverture et la libéralisation de la sphère politique.
  • Une économie puissante. L’économie azerbaïdjanaise est marquée par un taux d’inflation très élevé -les chiffres officiels se situent aux alentours de 20%- ce qui contribue à la paupérisation progressive des classes populaires de la société azerbaïdjanaise. Or cette paupérisation pourrait être à l’origine, en raison du mécontentement populaire, d’une certaine politisation de la société risquant fort d’aller à l’encontre du régime en place. Conscient de cela, le gouvernement azerbaïdjanais cherche aujourd’hui des solutions en vue d’épurer, de stabiliser et de diversifier son économie.
  • Développement durable. Difficile de savoir si cette priorité est une simple “déclaration d’intention” ou relève d’une véritable volonté politique. Toujours est-il qu’aux vues des faits, qu’ils soient écologiques ou économiques, repenser le développement azerbaïdjanais semble en effet être une nécessité. L’extraction et le commerce du pétrole génére aujourd’hui la quasi-totalité de la croissance azerbaïdjanaise, et font que l’économie azerbaïdjanaise dépend pour l’essentiel des ressources naturelles épuisables. De plus en plus identifiée comme un cas d’école du “syndrome hollandais“, la République d’Azerbaïdjan doit rapidement repenser son développement économique à long terme si elle ne veut pas, une fois les réserves de pétrole taries, connaître une crise potentiellement dévastatrice.
  • Une société juste. Aujourd’hui les inégalités économiques sont plus importantes que jamais en Azerbaïdjan. Le contraste le plus frappant est celui qui existe entre la capitale et les régions. Au sein de la capitale, et particulièrement dans les quartiers du centre-ville, la richesse des nouveaux entrepreneurs s’affichent à tous les coins de rue. Au contraire, dans les régions azerbaïdjanaises les infrastructures digne de ce nom font cruellement défaut. Tandis que de nombreux chantiers de construction, de rénovation ou d’embellissement sont entrepris à grands frais à Bakou, le piteux états des voies de communication, des réseaux électriques et des services publics provinciaux ne font pas l’objet d’un véritable intérêt et investissement de la part du gouvernement central. Les inégalités sociales et régionales diminueront-elles réellement dans les années à venir ?
  • Une vie noble, digne d’intérêt… Aussi floue que dépourvue de contenu cette “priorité” soulève néanmoins quelques interrogations. Que signifie une “vie digne d’intérêt”? Quelles sont les critères de définition de cette notion subjective et qui décide de ces critères? S’il revient au pouvoir politique de fixer ces critères, cela peut s’avérer dangereux et renforcer les tendances totalitaires du régime actuel. En effet quand un gouvernement prétend définir ce qu’est le bonheur, le totalitarisme n’est généralement plus très loin.

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