septembre 19, 2008...5:12

Le conflit russo-géorgien : une ère nouvelle pour les pays postsoviétiques? (Partie 1)

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En 1991, suite à l’effondrement du bloc soviétique et à la dislocation de l’URSS on pensait Moscou politiquement et diplomatiquement affaiblie, incapable d’agir militairement en dehors de ses frontières. Puis Poutine a succédé à Eltsine au Kremlin et a su redonner une place à part à la Russie sur la scène internationale. En août dernier, pour la première fois depuis 1991, Moscou s’est militairement engagé en tant que partie à un conflit extra frontalier et cela semble bien marquer un tournant pour l’ensemble de l’espace postsoviétique.

En envoyant des troupes et tanks en Géorgie, la Russie a voulu démontrer qu’elle était prête à user de la force militaire afin de servir ce qu’elle considère être comme ses intérêts sécuritaires. En outre cette intervention , quelque soit la justification que puisse lui donner le Kremlin, remet en cause l’un des principes fondamentaux de l’ordre régional postsoviétique : le respect des frontières telles que définies en 1991 et réaffirmé lors de la signature du traité de 1992 à Dagomys entre Chevardnadze et Eltsine. Le conflit russo-géorgien résulte en effet d’une occupation de fait des deux provinces séparatistes géorgiennes que sont l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Cette remise en cause du respect des frontières de 1991 risque de rompre l’ordre fragile jusqu’alors en oeuvre dans la région du Caucase et plus largement dans l’espace postsoviétique. Une fois le précaire équilibre rompu c’est l’ensemble de la région qui pourrait s’embraser, étant donné l’imbrication des intérêts géopolitiques, stratégiques, économiques, politiques et diplomatiques des grandes puissances mondiales dans cette région.

Outre l’inauguration d’une nouvelle ère pour les États postsoviétiques, ce conflit peut également conduire à la remise en cause des représentations analytiques jusqu’alors majoritaires dans les champs académiques postsoviétiques. Pendant longtemps, nombre de chercheurs, spécialistes de l’espace soviétique et à fortiori postsoviétique, ont pensé que la désintégration de l’URSS avait été à l’origine d’un “geopolitical vaccum“, vide géopolitique, que l’Occident aurait cherché à combler en investissant diplomatiquement et politiquement la région. Or le conflit russo-géorgien est la preuve, s’il en fallait encore une, qu’un tel “vide” n’existe pas/plus et que l’ère d’influence stratégique de Moscou touche désormais celle de Washington, à tel point que certains n’hésitent pas à parler d’un renouveau de la guerre froide! Comme le souligne Igor Torbakov, cela signifie que désormais l’Occident ne pourra étendre son influence stratégique que dans des zones que Moscou perçoit comme relevant de la préservation de ses intérêts sécuritaires vitaux et qu’elle ne sera donc pas prête à céder sans se battre.

Un commentaire

  • Je trouve l’analyse intéressante… J’ai le sentiment cependant de lire une vision bien “occidentale” des évènements… En effet, le principal sujet de cet article est mentionné comme simple spectateur du conflit d’influence qui oppose l’Occident et la Russie. Conflit qui est certes remis d’actualité mais qui s’inscrit dans un contexte totalement différent de l’ancienne guerre Froide.
    Pour ma part je trouve que la Géorgie a joué une stratégie diplomatique bien curieuse : au moment où la Russie se redonne les moyens de compter parmi les grandes nations internationales, la Géorgie compte s’aligner dans les rangs pro-occidentales en se ralliant aux Etats-Unis et en annonçant sa demande d’adhésion à l’UE. Alors que la crise pétrolière inquiète l’ensemble des gouvernements, la Géorgie offre la possibilité aux occidentaux d’accéder aux immenses réserves centre-asiatiques au détriment de sa grande voisine qui y perçoit, à juste titre, une tentative de déstabilisation et d’endiguement à son encontre. La réaction russe est évidente et réaliste.
    La Géorgie a elle aussi le devoir et la responsabilité d’agir pour le maintient de l’équilibre et de la paix dans la région… La diplomatie du non-alignement doit être le fardeau des petites nations. Pour cela, elle se doit de composer avec les intérêts des différents partis tout en cherchant à préserver, progressivement et intelligemment, ses propres cartes. L’alignement est tout simplement un acte de guerre ou, au moins, un affront fait au parti adverse qui n’ignore pas, en cas de laisser-aller, le manque à gagner.
    Le soutien apporté aux provinces séparatistes géorgiennes me semble donc être la conséquence inévitable de la politique décidée par le gouvernement géorgien, à moins que cette tentative de déstabilisation ait été décidée bien antérieurement à la politique pro-occidentale de la Géorgie. Il apparaît à ce sujet aucune information dans les médias qui ne semblent pas en savoir davantage que l’ensemble des citoyens lambdas. A moins qu’il participe également à la désinformation pour garantir les intérêts de nos propres gouvernements ?!!!
    Ce qui frappe c’est le retour aux combats idéologiques du temps de la guerre Froide. Chacun y va de son propre ton ce qui relance toutes sortes de spéculations abusives ! Quand les uns appuient les mouvements nationalistes intérieurs à chaque pays pour déstabiliser une région entière et récupérer son influence économique et géopolitique, les autres défendent la souveraineté des nations et le droit international. Il semble que le soutien apporté aux idées nationalistes ne soient que le voile qui cachent les luttes pour la défense des intérêts économiques des grandes nations dans une région qui couvrent l’une de grandes réserves pétrolières et gazières de la planète.
    A n’en point douter, les espérances populaires ne sont que des jouets au service des classes supérieures !!!! Et si ces espérances étaient autres que les besoins nationalistes, je vous prie de croire que les puissants trouveraient d’autres moyens de nous manipuler… Au diable les discours, ils ne sont que le miroir d’un jeu auquel nous ne comprenons rien !!!!!
    Anthony R…


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